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24/01/2011

François ASSELINEAU vous explique le retour au FRANC

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Il s'agit de la réponse de François ASSELINEAU, Président de l'Union Populaire Républicaine, faite à un internaute qui souhaitait avoir de vraies explications techniques sur la faisabilité du retour au FRANC.

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A vrai dire nous hésitons à dévoiler tout ce que nous avons prévu et tout ce à quoi nous avons réfléchi tant que nous n'avons pas un accès convenable aux médias. Car, comme le savent tous ceux qui fréquentent cette page, nos analyses sont aussitôt pillées et dénaturées par les responsables politiques que vous savez (cf. les débats antérieurs), qui s'en emparent pour se les approprier devant les caméras, tout en en veillant soigneusement :
- soit à les rendre odieuses (selon la technique de l'amalgame) à une majorité de Français en procédant à des "dérapages" sur d'autres sujets sans rapport mais très polémique,
- soit à les ridiculiser délibérément en les soumettant sans rime ni raison à des conditions irréalisables.

Sous cette réserve, je vais néanmoins essayer de répondre à vos interrogations de ce soir, en tâchant d'être le plus clair possible.

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Je vais tout d'abord à la fois vous rassurer – et peut-être aussi vous décevoir - tout de suite : la rétroconversion de 1F pour 1 euro n'aura aucun effet immédiat sur le pouvoir d'achat. Ni positif ni négatif.

Un salarié qui gagne 1.700 euros nets mensuels gagnera 1.700 F mensuels nets après le changement de monnaie. Le loyer de 600 euros qu'il acquitte chaque mois lui coûtera 600 F. La baguette de pain qui lui coûte 0,90 euro à Paris lui coûtera 0,90 F après conversion.

Autrement dit :

- l'adoption de la nouvelle monnaie ne provoquera aucune modification des montants (la seule conséquence concrète immédiate sera de remplacer le symbole € par le symbole F) ;

- le nouveau franc qui sera ainsi adopté (avec ses nouveaux billets et ses nouvelles pièces) équivaudra donc à 6,55957 fois le franc qui a disparu en 2002.

Ceci doit nous conduire tous à faire attention à l'utilisation de l'expression "retour au franc".
C'est une expression juste en ce sens que l'on reviendra à une monnaie baptisée "le franc".
Mais c'est une expression qui peut induire en erreur si l'on pense que l'on va revenir au franc d'avant 2002.
Non, il ne s'agira pas du même franc qu'avant 2002, mais d'un nouveau franc, dont la valeur sera 6,55957 fois supérieure à l'ancienne (tout comme le "nouveau franc" adopté en 1960 avait une valeur 100 fois supérieure à celle de "l'ancien franc" qu'il avait remplacé).

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Question : pourquoi l'UPR propose-t-elle cette rétroconversion de 1 € pour 1 F ?

Pour deux séries de raisons essentielles :

a) des raisons de simplicité et donc d’économie :
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- d'une part le public n’aura pas à modifier ses habitudes de calcul mental acquises durement depuis 2002.
Rappelez-vous qu’il a fallu des années pour qu’une majorité de la population commence à s’habituer à l’échelle de prix en euros. Désormais, la grande majorité des Français s'y est habituée et ne procède plus au calcul mental en francs 2002, sauf pour les très grandes sommes (prix d’un bien immobilier par exemple).
Revenir à la valeur du franc d’avant 2002, ce serait obliger toute la population française à refaire tout le chemin en sens inverse et à désapprendre cette échelle des prix qui vient à peine d’être assimilée par le plus grand nombre. N’oublions pas d'ailleurs que les jeunes qui ont moins de 20 ans aujourd'hui n’ont pratiquement plus aucun souvenir de l’échelle de prix en francs d’avant 2002.

- d'autre part, revenir à la valeur du franc d’avant 2002 créerait beaucoup de travail et de problèmes inutiles aux entreprises, commerçants, artisans et grandes surfaces, qui devraient remultiplier les prix par 6,55957.
Avec une rétroconversion de 1 € pou 1 F, ils n'auront strictement rien à changer dans leurs étiquetages puisque les montants resteront les mêmes. L'opération sera donc infiniment plus facile que le passage opéré en 2002 : pour passer du franc à l’euro, il avait fallu diviser tous les prix, toutes les dettes, toutes les créances, et tous les revenus par 6,55957 pour avoir le montant en euros.

Au total la simplicité de l'opération de conversion rendra celle-ci immédiate à comprendre par tout le monde et ne créera pas de charges supplémentaires pour les entreprises. Ce sont des points très importants.


b) des raisons de lutte contre l’inflation et de maintien du pouvoir d'achat :
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Tous les Français savent bien que le passage du franc à l’euro a pro...voqué une flambée d’inflation, d'ailleurs largement sous-estimée par des statistiques à la fiabilité pour le moins douteuse.

Dans d’innombrables cas, en effet, les prix ont augmenté sans que les consommateurs ne s’en rendent parfaitement bien compte sur-le-champ. Pourquoi ? Parce que beaucoup d'entreprises, de commerçants et de grandes surfaces, soucieux d’augmenter leurs marges, ont procédé à des règles d’arrondis excessives au moment du passage à l'euro. Ils en ont souvent même profité pour augmenter les prix de façon très substantielle, mais peu perceptible du fait du changement de référentiel.

Pour bien comprendre ce qui s'est passé, le mieux est de prendre l’exemple d’un objet qui valait 6 F au 31 décembre 2001, la veille du passage à l'euro.
Avec le passage à l’euro le 1er janvier 2002, cet objet aurait dû valoir 6 ÷ 6,55957 = 0,914694103424…€
Avec les règles d’arrondis stipulées par la réglementation, le nouveau prix de cet objet aurait dû s’établir à 0,91 € (ce qui, dans le cas d’espèce, aurait représenté une baisse de prix de -0,51%).

Mais les choses ne se sont pas passées ainsi. En réalité, un grand nombre d'entreprises, de grandes surfaces ou de commerçants ont eu tendance :

- soit à procéder à l’arrondi systématiquement au-dessus : dans notre exemple, cette pratique théoriquement illicite a fait passer de 6F à 0,92 €, ce qui représente exactement 6,0348044 F, soit une hausse prix de +0,58% du fait de ce seul arrondi (6,0348044 ÷ 6 = 1,0058).

- soit même à gonfler le prix bien plus brutalement, en profitant de la perte de repères induite par l’adoption d’une nouvelle échelle de valeur. dans notre exemple, en faisant passer le prix de 6 F à 1 €, sous couvert de simplification. Dans cet exemple, la hausse de prix induite a été de 56 centimes en plus, soit +9,23% (6,55957 ÷ 6 = 1,0923)

Appliquons maintenant cette expérience cuisante à la rétroconversion de l’euro en francs.

Avec une rétroconversion de 1 € pour 1 F, tel que le propose l'UPR, les prix ne varieront pas. Les entreprises, grandes surfaces et commerçants n’ayant aucun calcul à faire ni aucune charge supplémentaire, n’auront aucune raison d’augmenter les prix. S'ils le faisaient néanmoins, cette hausse injustifiée se remarquerait aussitôt. Du coup, on peut être à peu près certain que le risque d’inflation créée par le changement de monnaie est réduit quasiment à néant.

En revanche, si l'on voulait revenir à la valeur du franc 2002, il faudrait tout multiplier par 6,55957 : les salaires, les prix, les dettes, les créances, etc.

Un salarié qui gagne 1.700,00 € nets mensuels gagnerait soudain 11.151,27 F, et l'on peut être sûr que son employeur ne procéderait pas à un arrondi vers le haut.

Mais tel ne serait pas le cas des prix de vente.
Le prix de la baguette de pain, actuellement de 0,90 €, devrait passer à 5,903613 F, (6,55957 x 0,90), donc normalement à 5,90 F en vertu des règles théoriques d’arrondi. Mais l’expérience de 2002 (comme toutes les expériences comparables) laisse penser que la baguette serait facturée bien plus souvent 5,91F, et même carrément 6 F, sous couvert de « simplification ». Soit, dans cet exemple, une inflation de +1,63%.

En résumé, la division (passage du franc à l’euro) ou la multiplication (passage inverse) de l’échelle des prix par un nombre irrationnel (comme 6,55957) provoque un tel changement de référentiel qu’il affaiblit la vigilance des consommateurs et autorise de ce fait des arrondis ou des hausses de prix subreptices qui provoquent une flambée d’inflation en chaîne.

Conclusion ?
Le salarié gagnant 1.700,00 € nets mensuels gagnerait 11.151,27 F, ce qui représenterait 0% d'augmentation de salaire par "arrondi" ; mais les prix, à l'instar de cet exemple de la baguette de pain, connaitraient tous une flambée d'inflation. On le comprend, le résultat de toute l'opération se traduirait par une perte de pouvoir d'achat des salariés. Chose inacceptable à nos yeux.

Telle est la raison pour laquelle l’UPR propose une rétroconversion de 1 € pour 1 F.

Question : mais à quoi sert-il alors de revenir au franc ?
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Certaines personnes, n’étant pas accoutumées à ces questions, pourraient se dire, en lisant ce qui précède : mais alors,à quoi tout ceci va-t-il servir ? Et en quoi cela va-t-il améliorer à terme ma situation ?

La réponse tient au fait que le changement de monnaie et la sortie de l'euro entraînera bien d’autres conséquences que le taux de conversion et l'arrivée de nouveaux billets. Ces autres conséquences seront quasiment invisibles pour le grand public mais beaucoup plus importantes sur le long terme.

L'espace et le temps me manquant ici pour aborder cette importante question, je mettrai en ligne un document explicatif sur notre site dans les prochains jours.

François Asselineau.


Le site de l'UPR

La page facebook de l'UPR

Commentaires

Bonjour,

Cette idée du retour au Franc, et plus généralement à l'indépendance nationale, est très séduisante. Personnellement j'aimerais que cela se fasse. Pour autant, il me semble que les monnaies sont tributaires des "marchés" internationaux, et ce futur Franc n'y échappera pas. Je crains donc que très rapidement le Franc soit sous évalué par rapport à l'Euro. Tous nos produits d'importation seront donc plus chers, et, hélas, comme la majorité de nos biens de consommation et matières premières sont étrangers, notre situation sera très périlleuse.
A moins d'accepter d'être dans une situation économique et sociale très difficile, doublée d'un sursaut patriotique collectif et unanime, et cela pendant une large décennie, je doute fort que cette conversion puisse réellement se faire.
Est-ce le prix à payer pour retrouver notre indépendance, ou est-il déjà trop tard ?

Cordialement

Écrit par : Gallier | 30/12/2010

Bonjour et merci pour votre message.

Bien entendu les monnaies sont tributaires des marchés internationaux et il est fort possible que le retour au FRANC entraine une dévaluation à court terme. Mais après cette période transitoire et d'ajustement, l'équilibre s'effectuera car cette dévaluation sera plus d'ordre technique et conjoncturelle que structurelle. En effet la valeur du monnaie est évaluée au regard de nombreuses données comme la puissance du pays, son PIB, le solde de sa balance commerciale, son endettement, etc.

Par ailleurs, au-delà de cette simple opération "technique" de retour au FRANC, c'est surtout la liberté qui sera récupérée. Battre monnaie demeure dans l'Histoire l'un des emblème de la liberté et de la souveraineté. Par un retour au FRANC, le peuple français aura les moyens de SA politique économique et financière.

Bruxelles nous oriente aujourd'hui vers un schéma inverse. En profitant de la crise économique, il invite tous les pays membres de l'Union européenne à "Plus d'Europe", et propose une Union économique renforcée avec le contrôle des budgets nationaux... Un moyen supplémentaire de ligoter et d'asservir un peu plus les peuples européens.


En d'autres termes, il paraît plus judicieux et "profitable" à moyen et long terme de revenir le plus rapidement au FRANC que d'attendre en s'enfonçant toujours un peu plus chaque jour, car une chose est sûre, c'est que le maintien de l'euro ne nous permettra JAMAIS d'améliorer la situation économique, sociale et industrielle de la France.

Enfin l'euro périra tôt ou tard comme toutes les monnaies plurinationales ont péri : real espagnol, couronne austro-hongroise, rouble soviétique, etc. Nous ne sommes pas les seuls à préférer notre monnaie nationale d'ailleurs. Je vous joins un article récent sur le point de vue des allemands à ce sujet. Sachez qu'ils ont aussi dans l'idée de quitter la zone euro : http://www.leprogres.fr/fr/article/4375688/Les-Allemands-plutot-hostiles-a-l-euro.html

Comme le propose l'UPR, il vaut mieux préparer dès maintenant cette sortie dans les règles de l'art et sans précipitations que dans l'urgence parce que d'autres pays auront pris la décision avant nous.

Pour conclure, je vous précise que juridiquement, nous ne pouvons pas sortir de la zone euro sans quitter l'Union européenne en application de l'article 50 du TUE. Or, si de nombreux autres partis proposent le retour au FRANC, ils oublient d'en préciser les modalités légales, à savoir, la sortie de l'Union européenne.

Bien cordialement.

Benoit.

Écrit par : Benoit | 30/12/2010

Merci pour votre réponse.

- je suis d'accord sur le fait que la France doit reprendre en main sa destinée. Aujourd'hui nous ne sommes même plus un état de droit, tout nous est dicté par Bruxelles, par des bureaucrates non élus. L'Europe est une dictature NewAge incontrôlable.
- je pense, en effet, que si le Portugal et l'Espagne se retrouvent dans la même situation de non-paiement que la Grèce et l'Irlande, l'Allemagne ou plutôt, les allemands, demanderont à sortir de la zone Euro.

Mais que risque l'Allemagne à sortir de l'Euro ? Elle, rien puisque l'Euro c'est un DM (deutschemark) dopé à la dévaluation du Dollar. Le DM n'aura aucune dévaluation, l'Allemagne est le meilleur élève de la classe de la mondialisation, version occidentale. Eux ne risquent rien.
Pour nous, la France, cela ne sera pas la même musique, loin de là : notre Franc sera indexé sur un Euro resté allemand ou sur un futur nouveau DM, c'est à dire au tiers de la valeur d'un Euro actuel. Et ce réajustement technique de 1 Franc = 0,33 à 0,40 Euro sera immédiat. Nos voisins ne nous feront aucun cadeau, et d'ailleurs pourquoi nous en feraient-ils ?

Faut-il quand même revenir au Franc et sortir de l'Europe ?

Quand je réfléchis à cette question je ne peux m'empêcher d'abord de constater l'inconséquence de nos dirigeants qui nous ont amenés à cette situation : le traité de Maastricht, l’élargissement à tout va, sans règles, sans constitution, sans contrôle démocratique ... une pure folie mégalomaniaque ... stupéfiant!

Alors, sortir de l'Europe, revenir au Franc ? oui, si nous voulons retrouver notre indépendance nationale, mais sans mentir, en expliquant préalablement les conséquences : multiplication de la dette par 3, baisse du pouvoir d'achat, économies drastiques sur les services publics, etc.

Qui est prêt à cela ? Personne, d'ailleurs les dirigeants de nos grands partis ne s'y trompent pas, ils pensent la même chose que vous et moi, mais ils le disent pas, ils ne le feront pas, car ils veulent être réélus !

Il faudra effectivement que l'Allemagne le fasse pour que nous y soyons contraints.

Je suis beaucoup plus pessimiste que vous.

Merci de m'avoir accordé de votre temps et joyeuses fêtes.

Cordialement

Écrit par : Gallier | 30/12/2010

Vous répondre brièvement à votre message et notamment :

"Alors, sortir de l'Europe, revenir au Franc ? oui, si nous voulons retrouver notre indépendance nationale, mais sans mentir, en expliquant préalablement les conséquences : multiplication de la dette par 3, baisse du pouvoir d'achat, économies drastiques sur les services publics, etc."

Ce que les Français ignorent ou ne veulent pas admettre ou ne veulent pas comprendre, c'est que le maintien dans l'Union européenne est le pire des scénario et l'enlisement assuré.

C'est en effet la Commission européenne qui pousse notamment à la dérèglementation des marchés et la privatisation des services publics et donc la baisse du pouvoir d'achat des citoyens et à sa paupérisation.

Plus grave encore, ils nuisent à notre santé en autorisant la vente de produit OGM pour le bénéfice de multinationales alors même que nous y sommes opposés.

Je vous remercie de vos remarques et de vos observations pertinentes qui font avancer le débat car une chose est sûre, c'est que ce débat sur l'Union européenne n'existe pas en France. Cela devrait mettre la puce à l'oreilles des citoyens français...

Excellente fêtes de fin d'année à vous aussi.

Cordialement.

Benoit.

Écrit par : Benoit | 30/12/2010

le retour du Franc : pure foutaise de névrosé qui regrette la soi disant grandeur de la France de grand papa Avec le franc ,nous aurions dû dévaluer dix fois et le litre d'essence serait à 3 euros

Écrit par : ulysse | 02/01/2011

Bonjour Ulysse,

Votre commentaire est quelque peu insultant mais n'apporte surtout aucun arguments clairs, précis et susceptibles de venir contredire des analyses irréfutables sur la fin de l'Euro.

Si vous en avez, je suis preneur.

Ne tombez pas s'il vous plait dans le piège de la propagande médiatique sur l'incontournable Euro, censé nous protéger.

Je vous transmets cet article qui permet de replacer le tout dans une perspective historique : http://www.u-p-r.fr/apres-16-ans-de-mondialisation-et-10-ans-deuro-pres-de-la-moitie-des-francais-s%E2%80%99estiment-pauvres-ou-redoutent-de-le-devenir/

Je vous souhaite un excellente soirée.

Cordialement.

Benoit.

Écrit par : Benoit | 02/01/2011

Benoit je vous présente mes excuses pour le ton effectivement insultant de mon propos mais je vous invite à réviser l'histoire du franc depuis la création du franc lourd par Monsieur Antoine Pinay et son évolution par rapport au DM la conclusion est édifiante !

Écrit par : ulysse | 02/01/2011

Bonjour Ulysse,

Je me permets de vous répondre de manière détaillée mais nécessaire.

Il est vrai que le franc n'a pas cessé de se déprécier par rapport au DM, depuis 1949 jusqu'aux années 80. Et alors ???
Cela ne signifie nullement que les PIB ont suivi la même évolution.

a)- Pourquoi la France a connu la période de croissance la plus forte de toute son histoire de 1500 ans pendant la période où le franc s'est déprécié continuellement par rapport au mark ?
b)- Et pourquoi la France sombre dans la récession et le marasme depuis que la France et l'Allemagne ont la même monnaie ?


Ce qui est crucial, ce n'est pas d'avoir une monnaie forte, c'est d'avoir une monnaie qui préserve la compétitivité de l'économie nationale au niveau mondial.
Tout dépend donc de l'évolution de la compétitivité intrinsèque et de l'inflation.

Prenons un exemple simple pour bien comprendre :

- supposons qu'un salarié français en 1967 dans une usine gagne 600 francs par mois net pour fabriquer un phare de voiture et que le produit qu'il fabrique soit vendu à 9,90 francs à un importateur américain (9 F de coût complet de fabrication et 0,9 F de marge bénéficiaire pour l'entreprise).

- supposons que, à l'époque, 1 $ = 5 F.
Le phare est vendu 1,98 $.

- supposons que la masse salariale représente 33% du coût de fabrication de l'équipement industriel (soit 3 francs sur les 9 francs). [Cela signifie que l'ouvrier produit 200 phares de voiture par mois, soit environ 9 par jour ouvrable, ou encore 1 à l'heure].

- et supposons que l'importateur américain avertit l'usine qu'il peut acheter le même phare 2,05 $ chez un fournisseur allemand. Le prix du phare est de 7,32 DM.
Le DM vaut à l'époque 1,40 F et 1 $ = 3,57 DM.

- surviennent les événements de mai 68 : pour sortir la France de la grève générale, le gouvernement est contraint de signer les Accords de Grenelle : le salarié voit son salaire passer à 720 francs (+20% d'un coup !)

- cela signifie que le coût de fabrication du phare passe instantanément à 9,60 F (renchérissement de 20% de la part salariale de 3 F).
Mais le prix d'autres intrants va aussi augmenter :
- les frais du personnel administratif de l'entreprise vont aussi s'accroître, par effet de mimétisme et pour éviter l'écrasement de l'échelle des salaires : d'ailleurs les cadres français râleront si on ne les augmente pas non plus
- les fournitures fabriquées en France et achetées par l'entreprise : car toutes les entreprises françaises vont devoir augmenter leurs tarifs pour intégrer les hausses salariales,
- etc.

- Résultat ?
Au total, au bout de quelques mois, le coût de fabrication va passer :
- de 9 F à 9,60 F pour payer le seul ouvrier,
- de 9,60 F à disons 10,10 F pour payer les cadres, le service comptabilité, etc.
- de 10,10 F à disons 10,50 F pour payer la hausse des produits achetés aux fournisseurs français
Enfin, si l'entreprise veut maintenir sa marge de 10%, son nouveau prix de vente du phare va être de 10,50 x 1,1 = 11,55 F. Si elle "fait un effort" sur sa marge en conservant la marge de 0,90 F, le prix de vente passera seulement à 11,40 F.

Conséquences :

a) - la hausse de salaire de 20% octroyée va provoquer une flambée d'inflation nationale. Le prix de vente du phare va mécaniquement passer, en 7 à 9 mois, de 9,90 F à 11,40 F (+15,1%) si l'entreprise ne répercute pas les hausses sur sa marge et à 11,55 F (+16,7%) si elle maintient la marge de 10%.

b)- l'entreprise vendait son phare en mars 1967 à un fournisseur américain parce qu'elle le vendait 9,90 F, soit 1,98 $, soit moins cher que le concurrent allemand qui le proposait à 2,05 $.
Mais en mars 1969, elle ne peut plus le vendre 9,90 F : elle le vend 11,55 F.
Avec un taux de change toujours de 1 $ = 5 F, le phare vaut donc 2,31 $.

Le problème, c'est que la stabilité sociale en Allemagne, le civisme, etc., font que l'Allemagne a connu une inflation infime, de l'ordre de 1,5%. Et l'entreprise allemande propose son phare à l'export, en mars 1969, à 7,47 DM (7,32 x 1,02), soit 2,09 $ (2,05 + 2%).

L'importateur US a donc le choix entre le phare de son fournisseur français à 2,31 $ et le phare de son fournisseur allemand à 2,09 $
Résultat ?
Il change de fournisseur.
Car le phare français coûte désormais 10,5% plus cher que le phare allemand (2,31/2,09 = 1,105)

Au niveau micro-économique, l'entreprise française perd un marché à l'export parce que sa production n'est plus compétitive.

Au niveau macro-économique, les exportations françaises s'effondrent, les importations explosent et le solde de notre balance commerciale plonge.

Que faire ?
Il n'y a pas 50 solutions mais 1 seule : dévaluer le franc pour rétablir la compétitivité externe.
C'est ce qui sera fait le 8 août 1969 : le franc est dévalué de 11,1%.

Avant la dévaluation du franc vis-à-vis de toutes les monnaies :
1 DM = 1,40 F
1 $ = 5 F
1 $ = 3,57 DM
Prix du phare français : 11,55 F = 2,31 $
Prix du phare allemand : 7,47 DM = 2,09 $

Après la dévaluation du franc vis-à-vis de toutes les monnaies : :
1 DM = 1,56 F
1 $ = 5,55 F
1 $ = 3,57 DM (inchangé)
Prix du phare français : 11,55 F = 2,08 $
Prix du phare allemand : 7,47 DM = 2,09 $


Conclusions de toute la séquence 1968 :

au niveau micro :
La compétitivité du phare français a été endommagée sur les marchés extérieurs.
Puis elle a été rétablie par une dévaluation externe.
L'entreprise française ne perd plus son marché.

au niveau macro :
Un choc inflationniste a été engendré qui va se propager dans l'ensemble de l'économie française.
Les exportations, qui coûtent d'un seul coup 11,1% moins cher pour les étrangers, repartent à la hausse.
Les importations, qui coûtent 11,1 % plus cher pour les Français, repartent à la baisse.
Le solde de la balance commerciale se rétablit.
Cela ne change à peu près rien au fait que les bas salaires ont eu une hausse brutale de leur pouvoir d'achat.

Le franc français a perdu 11,1% de sa valeur par rapport au DM ou au $, certes.
Mais les salariés français ont eu une hausse de leur salaire de 20%.
Cette hausse sera un peu estompée par l'inflation mais au total l'ouvrier français a vu sa situation s'améliorer par rapport à l'ouvrier allemand.
Et la hausse du pouvoir d'achat va provoquer l'envolée du taux de croissance en France pendant les années 1970-71-72-73, nettement supérieur au taux de croissance des autres pays d'Europe dont l'Allemagne. La France va globalement s'enrichir.

Quel est l'inconvénient, dans ces conditions, de voir que le DM, qui valait 1,40 F, en vaut désormais 1,55 F ???
A part une question de vanité (qui a son importance, mais enfin...), ce taux de change ne doit pas être fétichisé.

Les conséquences concrètes sont :
• - un afflux de touristes allemands et étrangers en France : les séjours y coûtent 11,1% moins chers. C'est tant mieux !! Cela dynamise l'économie et permet aux hôteliers et restaurateurs d'augmenter leurs tarifs...
• - les voyages à l'étranger coûtent 11% plus cher pour les Français : c'est dommage pour les globe-trotters mais c'est excellent pour notre économie : ils vont être plus nombreux à dépenser leurs sous en France.
• - éventuellement l'achat par des étrangers de biens industriels ou immobiliers à tarif réduit de 11,1%. Mais en 1969 ce risque n'existe pas car il y a un contrôle des changes et des investissements.


CONCLUSION GLOBALE

Je vous laisse reprendre l'ensemble du raisonnement, mais cette fois-ci en 2010, avec l'euro qui est la monnaie unique de l'usine française et de l'usine allemande.

Il suffit de relire la séquence : une fois que l'usine française est devenue non compétitive du fait des charges salariales (ou sociales, ou environnementales, ou fiscales, etc.) il n'y a plus de solution pour rétablir sa compétitivité puisqu'il n'y a plus de dévaluation possible.

Ne plus dévaluer c’est bien gentil mais c'est pour cela que l'industrie est en train de disparaître en France !!
C'est pour cela que nous allons tous nous appauvrir collectivement puisque nous ne produirons plus assez de richesses !


Il est en fait SAIN et HEUREUX que l'on puisse dévaluer le franc par rapport au mark, tout simplement parce que les Français ne sont pas des Allemands : ils sont moins civiques, plus râleurs, ils se battent davantage pour s'approprier la valeur ajoutée, il en résulte un taux d'inflation structurellement plus élevé qu'en Allemagne ou dans d'autres pays d'Europe.

Vouloir que les Français aient la même monnaie que les Allemands, les Néerlandais, les Grecs, les Italiens, les Irlandais, les Espagnols, les Luxembourgeois, les Autrichiens, c'est postuler que tous ces peuples sont identiques.

Cordialement.

Écrit par : Benoit | 05/01/2011

Je suis à la fois très satisfait de la pertinence des arguments et un peu désolé de voir que ce même débat n'existe nul part dans les grand média. D'où l'importance après être sorti de l'Union Européenne et retrouvé les instruments de la souveraineté, de recréer un VRAIE démocratie en France, fondée sur le débat, le respect des arguments des autres, la disparition des anathèmes ou de la "vérité officielle", le droit d'initiative citoyen à la Suisse, la disparition de l'hyperprésidence, la possibilité de révoquer les représentants durant leur mandat, inéligibilité à vie et la dégradation nationale pour les corrompus.

Rien ne peut être fait dans le cadre de l'UE telle qu'elle existe. D'ailleurs le peuple français n'est pas le seul, loin de là à en avoir plus que marre. Les autrichiens, les danois, les anglais, les néerlandais, les finlandais n'en peuvent plus. Quelques pays du sud paresseux et qui ne veulent pas travailler espèrent faire la sieste pendant que le nord travaillera pour eux mais cette escroquerie ne dure jamais longtemps.

Une dévaluation n'a jamais tué personne. Le mythe de la monnaie forte a tué la Grande Bretagne dans l'entre-deux guerres. Le principe de réalité veut simplement qu'une monnaie ait la valeur de son économie, ni plus ni moins. Ne reprochons pas aux allemands ou aux Suisses de mieux travailler. Prenons exemple sur eux.

Une sortie de l'Euro peut aussi être l'occasion de changer les règles du jeu : pas de création de monnaie sans gage en or, forêt, propriétés, brevets, technologies, toutes choses ayant une valeur physique.

Dire que la France a une tendance naturelle à dévaluer sa monnaie n'est qu'en partie vrai. Le Franc n'a pas bougé de valeur pendant tout le XIX ème siècle. Le XX ème a été marque par 2 guerres sanglantes qui ont ruiné la France. Que la monnaie se soit dépréciée n'est pas très étonnant. La richesse qui la supportait avait disparu en bombes ou pillages. C'est ce qui se passe aux Etats-Unis maintenant à cause de leurs guerres insensées.

L'Euro éclatera et l'UE avec. Une construction multinationale est morte le jour où on ne croît plus en elle. Comme la Yougoslavie, l'UE se disloquera. La question est de savoir quand, comment. Les Slovènes sont sortis proprement de la Yougoslavie. Comme la France n'a aucun contentieux avec aucun de ses voisins, ça devrait se faire très pacifiquement et proprement.

Écrit par : TALLON | 05/01/2011

Bonjour M. TALLON,

Je vous remercie de votre message qui permet d'apporter une analyse supplémentaire à la fois pertinente et de qualité, nécessaire au débat.

Comme vous, je regrette que ce débat ne soit pas plus médiatisé ; les médias entretenant une vraie omerta sur le sujet. C'est donc bien au peuple français de s'en saisir car l'intérêt général et la survie de la France sont en question.

Cordialement.

Écrit par : Benoit | 05/01/2011

Rassurez-moi, vous ne croyez pas tout ce que vous écrivez quand même?

Écrit par : Gilles PHOCAS | 05/01/2011

Bonjour Gille PHOCAS,

Rassurez-moi vous ne croyez pas ce que l'on vous dit sur l'Union européenne et l'Euro depuis 50 ans ?

Cordialement.

Benoit.

Écrit par : Benoit | 05/01/2011

Benoit,
Je ne juge que par moi-même.
Ce que je sais, c'est que quand on a un connaissance des mécanisme économique, ce qui a l'air d'être le cas de l'intervenant de ce blog.
Il me parait inconcevable d'écrire certaines choses.
Quand à ce qu'on dit depuis 50 ans, il faut en prendre et en laisser que ce soit dans un sens ou dans un autre.
En ce qui me concerne, je n'ai pas voté pour Maastricht en 92 qui était le vrai tournant et la création de la monnaie unique.
Il y a des chemins que l'on prends sur lesquels on peut faire demi tour lorsqu'on a fait fausse route, pas sur les autoroutes.
J'ai été un peu bref sur ma première intervention, mais ce sont exactement les mots qui me sont venus à l'esprit lorsque j'ai lu cette note et ses commentaires.
Je suis prêt à débattre avec vous sur le fonds.
Bien à vous
GP

Écrit par : Gilles PHOCAS | 06/01/2011

Bonsoir Gilles,

Je me réjouis de pouvoir débattre sur ce sujet car c'est justement cela qu'il manque en France (de façon volontaire bien évidement afin d'éviter de trop éclairer les esprits...).

Pour les choses "inconcevables" qui peuvent être écrites, je suis prêt à en discuter...

Je note toutefois votre réelle lucidité quant à votre NON à Maastricht en 1992.

Enfin, vous semblez insinuer que l'Europe est une voie tracée comme une autoroute que laquelle on ne peut pas faire demi-tour. Tout d'abord permettez-moi de vous signaler que l'on peut tout de même sortir d'une autoroute et la prendre dans le sens inverse. Mais avouez quand même que l'argument qui consiste à dire que l'Union européenne est une fatalité, quoi qu'il arrive, est vraiment dérangeant. Cela me fait même extrêmement peur car on entre dans le registre du dogme religieux.

Cordialement.

Benoit.

Écrit par : Benoit | 06/01/2011

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